C’est toute la beauté du narratif de marché. On explique pendant un mois que le shutdown n’a pas d’impact sur Wall Street. Et lorsque la fin de celui-ci prend forme, c’est la première raison citée pour expliquer le rebond des actions, après une semaine de correction.

Si on refait la séquence, le shutdown a débuté le 1er octobre. Sur ce mois, le S&P 500 a gagné 2.3%. En effet, la fermeture du gouvernement n’a pas empêché la Fed de baisser les taux, ni les entreprises américaines de publier de bons résultats, et encore moins les acteurs de l’IA d’annoncer des deals dans tous les sens.

La première semaine de novembre a quant à elle été négative, avec une correction toutefois limitée (à peine 2% pour le S&P500), concentrée sur les valeurs technologiques. Un mouvement que l’on pourrait considérer comme normal alors que le S&P 500 est en hausse de 21% sur 6 mois et que les niveaux de valorisation sont tendus.

Lundi, la perspective de la fin du shutdown a remis un élément un peu plus positif dans le narratif et les actions ont nettement rebondi. Mais la fin du shutdown ressemble davantage un prétexte qu’à un catalyseur. Nous sommes toujours dans ce marché qui ne baisse pas, où tous les creux (même 2 ou 3%) sont rachetés, et où la peur de rater à la hausse est un moteur puissant.

Sortir les économistes du placard

Après un vote hier au Sénat, la Chambre devrait voter le plan de financement temporaire mercredi, avant que celui-ci n’arrive sur le bureau de Donald Trump pour promulgation. Dans la foulée, le gouvernement pourra rouvrir.

Ainsi, les économistes pourront à nouveau avoir des données sur l’économie américaine. Car depuis le 1er octobre, seul le CPI (indice d’inflation) du mois de septembre a été publié. Une statistique essentielle pour l’ajustement des prestations de sécurité sociale. C’est pourquoi le Bureau des Statistiques du Travail (BLS) avait rappelé certains employés.

Au cours des dernières semaines, cette pénurie de statistiques a mis une attention particulière sur les données privées : l’enquête Challenger la semaine dernière, ou le rapport sur l’emploi privé du cabinet ADP. Des chiffres qui passent habituellement au second plan.

Précisons toutefois qu’il ne suffit pas de rouvrir le BLS pour avoir instantanément toutes les données manquantes. Plusieurs publications seront retardées, tandis que certains rapports passeront à la trappe. Ainsi, il ne devrait pas y avoir de rapport sur l’emploi ni de rapport sur l’inflation pour le mois d’octobre, puisqu’il n’y a eu aucun travail de collecte et d’analyse des données durant cette période.

Estimation par BNP Paribas du calendrier de publication des statistiques américaines. Source : Bloomberg

La conséquence très concrète, c’est que la Fed n’aura pas grand-chose à se mettre sous la dent d’ici à son prochain meeting, les 9 et 10 décembre. D’ici là, il ne devrait y avoir que le rapport sur l’emploi de septembre et l’indice d’inflation PCE, également pour le mois de septembre.

Tout cela devrait laisser la Fed dans le brouillard, à une période où il y a pourtant des risques sur les deux parties de son mandat (dégradation du marché du travail et remontée de l’inflation).

Les marchés, de leur côté, attendent toujours une baisse de taux en décembre. Selon, l’outil Fedwatch du CME, la probabilité d’une réduction d’un quart de points est de 64%.