A en croire les déclarations des dernières heures, il n’a pas dû être évident pour Jerome Powell de faire émerger un consensus lors de la réunion de la Fed la semaine dernière. Les observateurs s’attendaient d’ailleurs à plusieurs votes dissidents. Finalement, seul Stephen Miran s’est opposé à la décision, préférant une baisse de 50 points de base.

Une décision quasi-unanime qui ne cache pas les divisions au sein du FOMC quant à la trajectoire des taux d’intérêt.

Pour résumer les différentes positions, il y a deux camps. D’un côté, ceux qui plaident pour la prudence face à une inflation au-dessus de la cible et qui remonte. De l’autre, ceux qui s’inquiètent d’un ralentissement du marché de l’emploi et qui estiment qu’il faut être plus agressif sur les baisses de taux.

Et comme nous l’écrivions la semaine dernière, il est difficile de savoir où en est l’économie américaine et donc ces deux visions peuvent se justifier. Il y a des données qui vont dans les deux sens.

Une colombe agressive

Du coté des colombes, il faut commencer par le petit nouveau, Stephen Miran, récemment nommé par Donald Trump et d’ailleurs toujours employé par la Maison Blanche. Evidemment, on se doutait qu’il serait là pour pousser les vues de son patron.

Il plaide pour des baisses de taux agressives. Pour résumer ses arguments : toutes les politiques formidables de Donald Trump font que le taux neutre est beaucoup plus bas que ce que tout le monde pense (l’estimation consensuelle est autour de 3%). Miran estime lui le taux neutre 100 à 200 points de base plus bas. C’est ce qui lui permet de conclure que "laisser la politique à un tel niveau de restriction amène des risques significatifs sur le mandat d’emploi de la Fed".

Si sa position est clairement "out of the box", ce n’est pas le seul à s’inquiéter des risques sur le marché de l’emploi.

Hier, Michelle Bowman estimait que la Fed devait agir dès maintenant plutôt que de temporiser : "si la dégradation du marché du travail se poursuit, je crains que nous devions ajuster notre politique à un rythme plus rapide et dans une plus large mesure à l'avenir".

C’est une position qu’elle défend depuis plusieurs mois. En juillet, Michelle Bowman avait voté contre le statu quo, tout comme Christopher Waller.

Bowman, Waller et Miran sont les trois gouverneurs de la Fed qui ont été nommés par Donald Trump. Leurs prises de positions en faveur de baisses de taux plus franches sont aussi à replacer dans le contexte de la succession de Jerome Powell à la tête de la Fed. Une nomination décidée par le président. Waller et Bowman font partie des favoris pour le poste.

Et des faucons prudents

En face, plusieurs membres de la Fed sont davantage préoccupés par les risques à la hausse sur l’inflation. Une inflation déjà bien au-dessus de la cible.

"Je pense que nous devons faire preuve d'une certaine prudence et éviter d'adopter une attitude trop volontariste", a par exemple déclaré mardi le président de la Fed de Chicago Austan Goolsbee. Il a souligné que l'inflation était "au-dessus de [la] cible [de la Fed de 2%] depuis quatre ans et demi consécutifs et continuait d'augmenter".

Lundi, c’était son collègue de la Fed de St-Louis qui plaidait aussi pour une approche prudente : je crois qu’il y a une place limitée pour baisser davantage (les taux), sans que la politique monétaire ne devienne trop accommodante.

Vendredi, les marchés prendront connaissance du PCE du mois d’août, l’indicateur d’inflation privilégié de la Fed. Le consensus anticipe une progression de 2.7% en rythme annuel et 2.9% en version core (hors alimentation et énergie).

C’est ce risque inflationniste qui conduit 7 des 19 membres de la Fed à estimer qu’il n’y aura pas d’autres baisses de taux en 2025.

Powell en arbitre

Au milieu de ces débats, Jerome Powell essaye lui de trouver une position d’équilibre. S’exprimant hier devant la Chambre de commerce de Greater Providence, à Rhode Island, il a tenu exactement le même discours que la semaine dernière, en estimant qu’il n’y a pas de "chemin sans risque" pour la Fed. Pourquoi ? Parce que les deux parties du mandat sont à risque : "Les risques à court terme concernant l'inflation penchent à la hausse, tandis que ceux pesant sur l'emploi penchent à la baisse : une situation délicate".

Jerome Powell continue donc de dire que la Fed ne s’engage pas sur de futurs baisses de taux : "Notre politique n'est pas sur une trajectoire prédéterminée". C’est un peu une formule rituelle pour les banquiers centraux, qui ne veulent jamais "se lier les mains" sur de futurs mouvements.

Les projections des membres de la Fed montrent une médiane à trois baisses de taux d’ici fin 2026, là où les marchés anticipent cinq à six baisses de taux.