Dans une activité à la rentabilité anémique - 1,9% l'an dernier, 3,3% cette année - et aux piteux dividendes, face à des taux obligataires AAA qui se rapprochent de leurs plus hauts à vingt ans, le peu d'appétit des investisseurs se comprend sans peine.

Indiscutable fleuron industriel, Alstom, qui publiait ce matin ses résultats annuels, n'en reste pas moins engagé dans un secteur d'activité très exigeant, hypercapitalistique, soumis à de très longs cycles, et vulnérable aux mauvaises surprises à répétition. Il y a trois ans, nous écrivions dans ces mêmes colonnes que le groupe n'avait ainsi jamais vraiment été capable de générer du cash pour ses actionnaires.

L'acquisition de Bombardier, annoncée quelques semaines avec le début de la pandémie et bouclée onze mois plus tard, désormais bien digérée - ce qui n'est pas allé sans complications - n'a pour l'instant pas produit l'impact escompté sur les résultats du groupe. Si elle a permis à Alstom de doubler d'échelle, elle ne s'est pas traduite en profits sonnants et trébuchants ni en création de valeur bien réelle pour les actionnaires.

La bonne nouvelle est qu'il y a du mieux, ainsi qu'une tendance à l'amélioration - timide certes - bien notable. Météo au beau fixe pour le carnet de commandes, avec 104 milliards d'euros signés, soit une hausse de 10% sur l'exercice fiscal 2026, et un cash flow libre positif pour la deuxième année consécutive.

La principale ombre au tableau demeure la performance commerciale décevante tant en Amérique du Nord qu'en Asie, où les constructeurs régionaux bénéficient d'un favoritisme inexpugnable. C'est donc l'Europe - 60% du chiffre d'affaires consolidé - qui reste la locomotive du groupe.

Il y a deux ans, Alstom projetait de générer un cash-flow libre cumulé de 1,5 milliard d'euros sur les trois prochaines années, avant de réitérer cet objectif début 2025, puis de finalement l'abandonner le mois dernier. En pratique, le constructeur a généré 838 millions de profit cash sur les exercices fiscaux 2025 et 2026, et sa prévision pour 2027 se borne à l'adjectif "positive".