L’entreprise suisse, fondée en 1988 par le regroupement de plusieurs marques emblématiques, est l’un des leaders mondiaux de la fabrication de produits de luxe. Elle opère sur plusieurs segments, dont la joaillerie, qui représente 72% du chiffre d'affaires principalement sous les marques Cartier et Van Cleef & Arpels. L’horlogerie, représentée par Piaget et Vacheron Constantin entre autres, produit 15% du chiffre d’affaires. Les 13% restants reposent sur les accessoires, avec Montblanc notamment.

En dépit d'un millésime 2025 compliqué pour le luxe, les ventes annuelles sont ressorties en hausse de 4% à taux de change constant, portées par les dynamiques au Japon (+25%), aux Amériques (+16%) et en Europe (+10%) des maisons de joaillerie. Le secteur rapporte 15,3 MdsEUR au groupe et dégage une marge opérationnelle de 32%, une performance remarquable au vu de la hausse de l’or. L’horlogerie, lourdement pénalisée par la baisse des ventes en Chine, est en baisse de 13% et affiche une marge à 5,3%. Le groupe profite d'une trésorerie de 8,3 MdsEUR et d’un bilan robuste, malgré un recul de 7% du résultat opérationnel. 

La hausse de l’or comme levier de marge 

La montée en puissance des activités joaillières dans les revenus de Richemont modifie profondément la nature de son exposition aux matières premières. L’or et les pierres précieuses représentent une part significative des coûts de production. Plus le segment de la joaillerie progresse, plus le groupe devient sensible aux variations de ces matières précieuses.

La récente envolée du cours de l’or a toutefois renforcé l’image du bijou comme actif tangible. Dans un contexte d’incertitude, la joaillerie très haut de gamme tend à s’apparenter à une forme de réserve de valeur. Via Cartier et Van Cleef & Arpels, Richemont ne propose pas de l’or à l’once, il vend un savoir-faire centenaire, une exclusivité amplifiée par la marque. Là où l’or est déjà rare par nature, un bijou Cartier l’est davantage. 

Cartier peut-il tout porter ?

L’adage “ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier” s’applique aussi à la société suisse. Concentrer près des trois quarts de ses revenus sur la joaillerie accroît son exposition à un segment unique, quand certains concurrents comme LVMH bénéficient d’une diversification plus équilibrée.

Grâce au fort pricing power de Cartier et Van Cleef & Arpels, Richemont n'est pas trop pénalisé par la flambée des matières premières. Les hausses de coût sont largement répercutées sur les prix de vente, ce qui protège les marges. 

Dans une étude récente, Bernstein apporte une vision plus précise de la mécanique à l'œuvre. Le bureau d'études a calculé que l’impact de la flambée de l’or sur Richemont est significatif mais reste maîtrisable grâce au levier prix et aux mécanismes comptables liés aux stocks. Bernstein estime que l’inflation du coût de l’or représentera un vent contraire d’environ 250 à 350 points de base sur la marge brute en 2026, partiellement compensé par +140 points de base provenant des réévaluations d’inventaire, ce qui ramènerait l’effet net autour de –220 points de base de marge brute. Cette sensibilité reste limitée par la structure de coûts du groupe : l’or représente historiquement moins de 40% du coût des ventes et moins de 20% du chiffre d’affaires, ce qui signifie qu’une hausse de prix comparable d’environ 1% (toutes choses égales par ailleurs) suffit à absorber une hausse de 10% du coût effectif de l’or. Pour 2027, l'impact pourrait être plus fort, mais une hausse de prix d’environ 4% pourrait neutraliser ces vents contraires, juge encore Bernstein.

Le titre s’échange actuellement sur des multiples supérieurs à la moyenne historique, traduisant la confiance du marché mais laissant peu de marge pour le groupe. 

A court terme, Richemont bénéficie donc pleinement de sa puissance de fixation des prix. Cependant, la dépendance accrue à la joaillerie met en lumière une vulnérabilité structurelle à plus long terme. La question ne porte plus sur la capacité de Cartier à porter le groupe, mais sur la durée pendant laquelle ce modèle alimentera la croissance.