Introduit en bourse en 2012, Shutterstock a connu un parcours opérationnel autrement plus épatant que son rival, avec un chiffre d'affaires multiplié par six depuis, et un profit d'exploitation avant investissements - ou EBITDA - multiplié par huit.

Les cash flows libres ont crû à moindre rythme, notamment parce que l'expansion du groupe a nécessité environ 700 millions de dollars en acquisitions - pour deux gros morceaux en particulier, Pond5 en 2022 et Envato en 2024 - sans qu'on puisse distinguer la part de croissance organique - s'il y en a - puisque Shutterstock ne la communique pas.

Ces opérations ont cependant permis de diversifier l'activité de l'entreprise vers d'autres plateformes de services, pour ne pas rester qu'une banque d'images. Il est notable qu'elle a majoritairement autofinancé cet effort de croissance, sans augmentation de capital et avec très peu d'endettement.

Dommage collatéral de l'IA, Shutterstock, dont le fondateur Jonathan Oringer détient toujours un tiers du capital, est présentement valorisé à la casse par le marché, avec une valeur d'entreprise de quatre fois l'EBITDA et une capitalisation boursière inférieure à la valeur des capitaux propres.

Au pic de la mania spéculative de 2022, cette valorisation avait atteint vingt-huit fois l'EBITDA et plus de huit fois les capitaux propres. C'est dire le changement d'humeur des investisseurs !

Il s'agit aussi - peut-être - d'une potentielle opportunité d'arbitrage, puisque Getty, pourtant en situation beaucoup plus fragile, a proposé de fusionner avec Shutterstock, et que ce dernier a accepté l'offre avec entrain. La somme de 1+1 fera-t-elle 2 dans le nouveau monde de l'IA générative ? 

Getty offrait 28,85 dollars en cash pour chaque action Shutterstock. Le cours du titre est actuellement de 17 dollars. Il est vrai qu'il reste à surmonter l'obstacle de l'Autorité de la Concurrence britannique, la CMA, qui a déjà émis des réserves au sujet de la combinaison ; tandis que le régulateur américain, lui, l'a tout de suite bénie.

La décision britannique est attendue en avril 2026. Néanmoins, comme nous l'écrivions ce matin, on peine à comprendre pourquoi un Shutterstock profitable et bien capitalisé accepterait de fusionner avec un Getty au bord du dépôt de bilan, qui plus est en lui laissant une position senior dans la combinaison - à moins que le péril de l'IA ne soit effectivement imminent, et que ceci soit bel et bien sa dernière bouée de sauvetage.