Le cours du titre est à l'automne 2025 à peu près au même niveau que lors de l'annonce de la transaction sept ans plus tôt. Malgré un management réputé, un très bon historique de profitabilité et un secteur consolidé en oligopole, voire en duopole sur de nombreux marchés, Thor Industries est longtemps resté valorisé en bourse à un multiple à un chiffre de ses profits.

Ces cinq dernières années, le titre a ainsi évolué en ping-pong entre un plancher technique de 80 dollars et un plafond de 120 dollars par action. Voici qui, sans doute, fit le bonheur de nombreux traders. Du côté des investisseurs à plus long terme, les craintes tenaces de récession et la sensibilité des ventes à la bonne santé du consommateur américain pouvant dissuader.

Il y a deux ans, nous rappelions d'ailleurs que les ventes de Thor avaient subitement plongé de 44 % en l'espace de neuf mois. Voir à ce sujet Thor Industries : Surprend le marché.

Il est vrai qu'au niveau opérationnel, les gains depuis l'acquisition d'Erwin Hymer n'ont somme toute été qu'assez modestes. La croissance a été décevante, nonobstant un pic d'euphorie durant la pandémie, si bien que le chiffre d'affaires est en 2025 de 9,58 milliards, contre 8,3 milliards sept ans plus tôt ; il décroît par ailleurs pour la troisième année consécutive.

C'est surtout en Europe que la performance a été décevante sur les douze derniers mois : les livraisons de nouveaux véhicules reculent de presque 20 %, le chiffre d'affaires de 10 %, et le profit avant impôts du segment de 56 %. Voici qui contraste avec la relative bonne tenue des opérations sur le continent nord-américain.

Quant au profit cash – celui redistribuable aux actionnaires, aussi appelé cash-flow libre –, il est de 455 millions de dollars cette année, contre 329 millions en 2018. Gains limités là encore. On note cependant que depuis cette époque les profits ont été redirigés en priorité vers le désendettement, ce qui permet au groupe de revenir à son traditionnel bilan forteresse, presque sans dette nette ; les dividendes et les rachats d'actions ont également augmenté.

Avec une capitalisation boursière de 5,8 milliards et un endettement négligeable, Thor cote désormais à presque treize fois son cash-flow libre – supérieur au profit comptable, encore pénalisé par les amortissements liés à l'acquisition d'Erwin Hymer. Ceci traduit un certain regain d'optimisme du marché ; à coup sûr, plus d'un trader guette un possible et nouveau plongeon sous le seuil de dix fois le cash-flow libre pour envisager une entrée.

Un attrait du modèle d'affaires de Thor est sa capacité à ajuster son appareil de production à la demande. La fabrication des véhicules de loisir relève en effet d'un simple assemblage plutôt que d'une activité d'industrie lourde. Le groupe peut ainsi naviguer à travers les conjonctures en limitant la casse. Ceci explique qu'il n'ait jamais produit le moindre exercice déficitaire de son histoire.