Sommes-nous en train d’atteindre un point d’inflexion ? Qu’il s’agisse de l’essor de l’intelligence artificielle (IA), de l’escalade au Moyen-Orient ou des relations entre les États-Unis et l’Ukraine, cette semaine a apporté de nouveaux signes indiquant que les marchés et la géopolitique pourraient être proches d’un point de rupture.
Une importante vague de ventes liée à l’IA a touché les marchés mondiaux cette semaine, alors que les inquiétudes grandissent quant au fait que la hausse des taux d’intérêt pourrait créer des difficultés de financement, à mesure que le réseau de financements circulaires dans l’écosystème de l’IA devient toujours plus complexe. Les marchés étaient plus calmes vendredi matin, mais les investisseurs restent prudents : la hausse des coûts d’emprunt pourrait mettre fin à une fête qui a contribué à maintenir l’économie mondiale à flot au cours de l’année écoulée, malgré les vents contraires provoqués à la fois par les guerres commerciales et les conflits armés.
L’indice Philadelphia Semiconductor Index a enregistré sept séances consécutives de baisse jusqu’à jeudi, tandis que les indices asiatiques à forte composante technologique — parmi les principaux bénéficiaires de l’euphorie autour de l’IA au début de l’année — ont été durement touchés cette semaine. L’indice KOSPI de Corée du Sud a chuté de près de 8 % jeudi, avant de progresser de plus de 3 % vendredi.
Le repli a été amplifié mercredi par un indice des prix à la consommation (IPC) américain légèrement supérieur aux anticipations. L’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,6 % le mois dernier, portant sa progression à 3,7 % sur les 12 mois à fin septembre, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’essence. Ce chiffre était conforme aux attentes des économistes, mais la hausse mensuelle de 0,3 % de l’inflation sous-jacente — qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie — était légèrement supérieure aux projections du consensus.
Cette publication a inquiété les marchés, faisant brièvement remonter à environ 50 % les anticipations d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale (Fed) ce mois-ci, contre environ 25 % avant la publication de l’inflation. Ces anticipations ont depuis reculé, mais les marchés semblent toujours craindre qu’une inflation persistante contraigne la Fed à rester offensive, tandis que les investisseurs se délestent des actions et de la dette de certaines entreprises fortement endettées.
Plus particulièrement, l’action de CoreWeave a chuté de 15 % mercredi, tandis que les obligations de la société de cloud computing à échéance 2032, émises seulement quatre mois plus tôt, sont tombées en catégorie distressed, leurs spreads de contrats de défaut de crédit ayant brièvement dépassé 1 000 points de base.
Le Fonds monétaire international (FMI) a mis en lumière les risques liés à l’IA lors de ses réunions à Bangkok cette semaine. Jason Wu, directeur adjoint de la division Analyse des marchés mondiaux du FMI, a averti : « Si des questions se posent sur la monétisation de l’IA, la valeur des investissements en actions s’érodera, la dette pourrait être difficile à rembourser et les engagements de revenus futurs pourraient ne pas se concrétiser. » Ce n’est pas une perspective réjouissante.
Les publications de résultats des géants de l’IA dans les prochaines semaines pourraient apaiser certaines inquiétudes des investisseurs — mais la barre est très haute. Il suffit de regarder Taiwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC), le premier fabricant mondial de puces avancées. Le groupe a fait état jeudi d’une hausse de 69 % de son bénéfice net au troisième trimestre, dépassant les prévisions du marché, tout en soulignant que la demande de puces restait supérieure à l’offre. Cela n’a pourtant guère permis d’enrayer les pertes des valeurs mondiales liées à l’IA.
Cela soulève une question préoccupante : les paris de Wall Street sur l’IA sont-ils tout simplement trop importants pour réussir ?
Selon LSEG, les analystes s’attendent à une hausse de plus de 30 % sur un an des bénéfices des entreprises du S&P 500 au troisième trimestre, les deux tiers de cette progression provenant des secteurs de la technologie et de l’IA.
Mais les banques de Wall Street, premier grand groupe d’entreprises à publier leurs résultats cette saison, ont connu des débuts quelque peu difficiles. Les résultats de JPMorgan, Citigroup, Goldman Sachs et Wells Fargo étaient contrastés, mais ils indiquent globalement que l’essor des fusions-acquisitions et du trading, qui avait propulsé les bénéfices à des niveaux records au cours des six premiers mois de l’année, pourrait ralentir face à la hausse des coûts d’emprunt.
À l’origine de cette hausse des taux d’intérêt se trouve bien sûr le regain d’inflation alimenté par l’énergie cette année.
Sur ce front, le brut Brent est passé au-dessus de 106 dollars le baril mercredi, dans un contexte d’intensification des attaques au Moyen-Orient, avant de réduire une partie de ses gains plus tard dans la semaine.
Les Houthis yéménites, alliés de l’Iran, ont intensifié leurs attaques contre l’Arabie saoudite tout au long de la semaine. Le groupe a frappé le siège du géant pétrolier Saudi Aramco ainsi que l’aéroport international de Riyad. Ces attaques sont survenues alors que le royaume accueillait une importante conférence consacrée à l’énergie et à l’investissement.
L’Iran a également déclaré qu’il déployait de nouvelles tactiques pour prendre pour cible les navires traversant le détroit d’Ormuz, Téhéran cherchant à maintenir la pression à la hausse sur les cours du pétrole avant les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre. Un porte-conteneurs et un vraquier ont tous deux coulé près d’Ormuz à moins de 24 heures d’intervalle après avoir été touchés par des projectiles lors d’incidents distincts, selon des responsables maritimes.
Dans le même temps, les prix des carburants restent extrêmement élevés, en particulier ceux du diesel. Alors que le président américain Donald Trump a annoncé vendredi dernier un accord sur le diesel avec le président russe Vladimir Poutine afin de permettre à la Russie de reprendre certaines exportations de diesel, et affirmé dimanche qu’un cessez-le-feu énergétique entre les parties belligérantes était en vigueur, l’impact sur les prix de l’énergie est resté limité.
Les volumes mentionnés dans l’accord sur le diesel étaient très faibles et, même si Kyiv avait initialement accepté de suspendre les frappes contre les infrastructures énergétiques russes, le fragile arrangement de « cessez-le-feu » s’était désintégré jeudi.
Le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy a évoqué une « trahison » américaine, alors que des responsables ukrainiens se plaignaient de n’avoir reçu aucune alerte précoce des États-Unis concernant l’arrivée de missiles balistiques russes pendant plusieurs jours. Ils ont également déclaré que le service de communications satellitaires Starlink d’Elon Musk, dans sa version militaire, avait été ralenti dans tout le pays, entravant leurs activités militaires.
Alors que les perspectives concernant les conflits au Moyen-Orient et entre la Russie et l’Ukraine sont pour le moins incertaines, une chose apparaît clairement : quelque chose est en train de changer dans l’état d’esprit des traders spécialisés dans l’énergie. Pendant de nombreux mois, Trump a pu faire baisser les marchés pétroliers de quelques mots, mais l’évolution des prix de l’énergie ces dernières semaines suggère que cette capacité qui le caractérise s’estompe.
La semaine prochaine, la géopolitique et les résultats devraient se disputer l’attention des investisseurs, Meta, Tesla et IBM devant tous publier leurs résultats.
Avant de partir, jetez un coup d’œil à certaines des questions récemment explorées par les chroniqueurs de ROI :
o Pourquoi les flux de gaz naturel liquéfié (GNL) au Moyen-Orient ne se redressent-ils pas aussi rapidement que ceux de pétrole brut ?
o Que reste-t-il de l’économie américaine une fois l’IA mise de côté ?
o Pourquoi la flambée des rendements n’inquiète-t-elle pas les emprunteurs du secteur privé ?
o Les États-Unis peuvent-ils maintenir leur réserve stratégique de cuivre ?
o Pourquoi la dévaluation du yuan est-elle à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour l’Europe ?
o Les gouvernements pourraient-ils réellement souhaiter que l’IA trébuche ?
o Comment le marché de l’aluminium est-il resté à l’abri de la guerre contre l’Iran ?
o Pourquoi la transition vers un parc automobile entièrement électrique pourrait-elle être plus semée d’embûches que prévu ?
o Les raffineries asiatiques pourraient-elles être parmi les grandes gagnantes de la guerre contre l’Iran ?
o Pourquoi l’IA pourrait-elle peser sur le produit intérieur brut (PIB) américain ?
o Quel est le secret peu reluisant qui se cache derrière l’essor des batteries en Europe ?
J’aimerais beaucoup avoir votre avis ; n’hésitez pas à me contacter à l’adresse .
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