C’est la question que se posent tous les investisseurs depuis que Donald Trump a lancé sa guerre tarifaire, début avril : l’incertitude créée va-t-elle conduire les entreprises à couper leurs investissements ?

C’est une question clé parce que c’est souvent de là que vient un ralentissement économique. Un gel des investissements des entreprises, qui ensuite affaiblit le marché du travail, ce qui à son tour affecte la consommation.

Maintien des Capex

À ce stade, ces inquiétudes ne se concrétisent pas. D’après les données compilées par Bloomberg, les entreprises américaines poursuivent leurs investissements. Avec les résultats du premier trimestre désormais publiés, les sociétés ont pu apporter un signal rassurant : 71 % des entreprises composant l’indice Russell 3000 ont maintenu leurs prévisions de dépenses d’investissement (Capex) pour 2025. Par ailleurs, 8,5 % les ont revues à la hausse, contre 18 % qui les ont ajustées à la baisse.

Les résultats publiés par Nvidia hier soir montrent d’ailleurs que cette dynamique d’investissements est bien présente. Le chiffre d’affaires trimestriel a cru de 69% sur un an. Et pour le trimestre en cours, Nvidia anticipe une croissance de 50% des revenus.

Tout cela est soutenu notamment par les investissements des grandes valeurs technologiques américaines. A l’occasion des résultats du premier trimestre, Alphabet a confirmé son intention d’investir 75 milliards de dollars pour développer ses infrastructures IA. Meta, de son côté, a même relevé sa prévision de Capex de 65 à 72 milliards de dollars.

La tech plus forte que les droits de douane ?

Alors, faut-il se focaliser sur les Capex des 7 magnifiques ou sur les tariffs de Donald Trump ? Ce que l’on peut dire, c’est que le narratif de marché nous laisse plutôt l’impression que tout dépend des décisions d’un homme. Et on en vient à sous-estimer la force du secteur privé et la capacité des entreprises américaines à poursuivre leurs objectifs.

Dès lors, le boom de l’IA peut-il porter la croissance américaine pour les prochaines années et rendre la discussion sur l’impact des droits de douane anecdotique ?

C’est en tout cas la thèse défendue par Nouriel Roubini, économiste devenu célèbre pour avoir prédit la crise de 2008. Ce qui lui a valu le surnom de "Dr Doom". Un succès qui l’a conduit, par la suite, à continuellement annoncer des catastrophes et donc à se tromper la plupart du temps.

Mais désormais celui-ci n’anticipe plus un crash, mais au contraire un boom de la croissance américaine, portée par ce cycle d’investissements dans les nouvelles technologies, et notamment dans l’IA. Et ce en dépit de mauvaises politiques économiques.

Une position que cette seule citation résume bien : "Même si Mickey Mouse était président, les États-Unis seraient tout de même en route vers une croissance de 4 %, car l'innovation du secteur privé américain promet de compenser les mauvaises politiques et la gouvernance erratique."

Une croissance qui évoluerait donc, selon lui, à un rythme deux fois supérieur à l’estimation actuelle de la croissance potentielle américaine. Une prévision très optimiste et avec laquelle il faut être prudent.

Néanmoins, on peut créditer à Nouriel Roubini que l’impact macro de l’intelligence artificielle commence à se voir. Ainsi, selon les estimations du chef économiste d’Apollo Global Management, Torsten Slok, les investissements dans les data centers ont contribué à 1 point de croissance au premier trimestre 2025.

Source : Bloomberg, Macrobond, Apollo Global Management