* Discours d'investiture du futur président ce lundi

* Rajoy ne devrait donner que peu de détails sur ses projets

* Sa politique devrait se centrer sur une réduction des dépenses

par Paul Day

MADRID, 18 décembre (Reuters) - Le futur président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy devrait dévoiler lundi ses premières réformes économiques alors qu'il s'apprête à prendre les rênes d'un pays frappé par un chômage massif et la menace d'une récession.

Mais s'il devrait adopter un ton très volontariste pour son discours d'investiture devant les députés espagnols, le chef du Parti populaire (PP, centre-droit) devrait livrer peu de détails sur les mesures à adopter.

"Le nouveau gouvernement prend ses fonctions dans un contexte très difficile et (Rajoy) devrait déclarer que même s'il faudra du sang, de la sueur et des larmes, la situation n'est pas désespérée", estime Angel Laborda, économiste du cercle de réflexion madrilène Funcas.

"Je crois qu'il énoncera la stratégie générale plutôt que des mesures particulières (...)."

Réputé pour son flegme, le prudent Mariano Rajoy a effectué peu d'apparitions publiques depuis que le PP a triomphalement remporté les élections législatives du 20 novembre face aux socialistes du président du gouvernement sortant, José Luis Rodriguez Zapatero.

Ses rares discours ont été l'occasion pour lui de prophétiser des temps difficiles pour l'Espagne.

Lundi, c'est devant un parlement acquis à sa cause, avec une majorité absolue pour le PP à la Chambre des députés, qu'il prendra la parole, avant de prendre officiellement ses fonctions mercredi et de nommer son gouvernement.

La composition de la nouvelle équipe, dont le premier conseil des ministres doit se tenir vendredi, est un secret bien gardé. Selon des sources au sein du Parti populaire, seul Mariano Rajoy la connaît en totalité.

SACRIFICES

La tâche du gouvernement s'annonce ardue, avec un chômage record parmi les pays de l'Union européenne, autour de 21,5% de la population active, un déficit budgétaire attendu cette année autour de 6,5% du produit intérieur brut (PIB) et une économie qui a fait du surplace au troisième trimestre (voir ).

Dans ce contexte, la prime de risque sur le papier espagnol à 10 ans par rapport au Bund allemand de même échéance reste proche de son record depuis la création de l'euro , même si les mesures d'austérité adoptées par le gouvernement socialiste sortant ont permis de canaliser une partie des inquiétudes des investisseurs vers d'autres pays comme l'Italie.

Ainsi, Madrid a attiré une solide demande lors d'une adjudication de dette à moyen et long termes jeudi, le rendement moyen à cinq ans étant ressorti en retrait de plus de deux points de pourcentage par rapport aux rendements records que Rome a dû payer lors de son émission de la veille.

Après une campagne durant laquelle Mariano Rajoy a savamment entretenu le flou sur son programme, les marchés attendent de lui des mesures plus concrètes pour réduire le déficit public et relancer la croissance. L'agence Fitch a placé vendredi soir la note de l'Espagne sous surveillance négative, de même que celles de cinq autres pays de la zone euro (voir ).

Près de la moitié des Espagnols (49%) disent comprendre que des sacrifices supplémentaires sont nécessaires pour sortir de la crise, selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Pais, tandis que 94% d'entre eux pensent que le bout du tunnel est encore loin.

30 MILLIARDS D'EUROS D'ÉCONOMIES À TROUVER

Mariano Rajoy a déjà laissé entendre qu'il comptait concentrer les réformes sur le marché du travail, le secteur bancaire et les comptes publics.

Le Galicien, âgé de 56 ans, devrait insister lundi sur l'équilibrage du budget et sur un renforcement de la "règle d'or" budgétaire, qui a fait l'objet d'un amendement constitutionnel en septembre. Il devrait également évoquer la manière dont le gouvernement pourra atteindre l'objectif de déficit de 4,4% du PIB en 2012.

L'Espagne a réduit son déficit budgétaire de 11,2% en 2009 à environ 6,5% cette année selon certaines estimations, mais va devoir économiser 30 milliards d'euros supplémentaires l'an prochain pour rester sur la bonne trajectoire, soit le double des coupes budgétaires adoptées cette année.

Après sa victoire, le PP a dit refuser d'augmenter la fiscalité pour y parvenir (voir ) ; aussi Mariano Rajoy devrait-il se concentrer sur une réduction des dépenses, au moins dans un premier temps.

"En terme d'ajustement (budgétaire), la majeure partie devrait provenir du poste 'dépenses' et je pense que nous aurons des mesures drastiques pour la sécurité sociale, les indemnisations chômage, l'éducation certainement et la protection sociale en particulier", juge David Bach, politologue au sein de l'IE Business School à Madrid.

Les chiffres exacts du déficit public ne devraient pas être connus avant le printemps, une fois que les exécutifs régionaux auront transmis leurs comptes à Madrid. Le nouveau gouvernement devrait donc s'abstenir d'annoncer où le couperet va s'abattre d'ici là.

Même position d'attente pour la réforme du marché du travail, sur laquelle patronat et syndicats ont jusqu'au 6 janvier pour parvenir à un accord.

Quant à la restructuration du secteur bancaire, le PP a dit qu'il souhaitait voir inscrite la valeur de marché des actifs immobiliers dans les comptes des établissements. Un haut responsable du parti a dit qu'une décision serait prise au début de l'année prochaine et qu'une des possibilités était la création d'une structure de défaisance ("bad bank") pour isoler les actifs toxiques. (Jean Décotte pour le service français, édité par Gregory Schwartz)