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Les assureurs attendus au tournant de la crise du coronavirus

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20/03/2020 | 08:31

Paris (awp/afp) - La pression augmente sur les assureurs, pressés par le gouvernement français et une partie des entrepreneurs de participer à l'effort de solidarité nationale. Or certaines demandes ne sont pas réalistes, selon les assureurs, également affectés par l'impact coronavirus.

Dans les rangs des entrepreneurs, des voix s'élèvent pour demander des conditions d'indemnisation exceptionnelles et bien plus avantageuses aux assureurs. Car faute d'un dommage matériel, les entreprises ne peuvent espérer un remboursement de leurs pertes liées à la crise du coronavirus, à moins d'un geste des assureurs.

En outre, le risque d'épidémie est exclu dans la quasi-totalité des contrats couvrant les entreprises, indique la Fédération française de l'assurance (FFA) sur son site.

"Le système assurantiel (...) n'indemnise quasiment pas" les entreprises confrontées à une situation exceptionnelle de ce type, regrette auprès de l'AFP Pierre Goguet, président de CCI France, qui rassemble les chambres de commerces et d'industrie françaises.

Les assurances sont "les grandes absentes du grand mouvement de solidarité qui se met en place partout pour les entreprises et les emplois menacés", a regretté l'Umih, principale fédération de l'hôtellerie et de la restauration, appelant à un état de "catastrophe sanitaire" pour permettre une indemnisation par les compagnies d'assurances.

Le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI) appelait jeudi de son côté à la création d'"une taxe exceptionnelle sur les compagnies d'assurance".

Discussions entre le gouvernement et les assureurs

Face à la grogne qui monte et à l'ampleur des pertes anticipées, le gouvernement a offert un éventail de réactions.

Les appels les plus pressants sont venus du ministère de l'Economie et des Finances où, dès mercredi soir, un haut responsable demandait aux assureurs de faire des efforts, après avoir obtenu en décembre du gouvernement un assouplissement des règles en matière de solvabilité.

La secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher enfonçait le clou en annonçant des discussions avec les assureurs pour "une lecture de leurs contrats d'assurance aussi large que possible".

"Il faut trouver un autre système", défendait-elle, "comme lorsqu'on a un état de catastrophe naturelle qui peut être déclaré, on pourrait avoir un état de catastrophe sanitaire".

Interrogé jeudi en séance publique au Sénat sur la possibilité d'intégrer le risque épidémie aux contrats des entrepreneurs, le Premier ministre s'est montré réservé. "Je voudrais ne pas vous faire une réponse précise (...) car je ne peux pas m'engager comme cela sur des décisions de cette ampleur", a-t-il répondu.

Des milliards de pertes sans contrepartie

De fait, un changement massif des conditions d'indemnisation risquerait à son tour de déséquilibrer tout le secteur de l'assurance.

"Les pertes d'exploitation liées à la pandémie sont colossales et se chiffrent en dizaines de milliards d'euros", estime le comparateur d'assurances en ligne Assurland dans une note. En face, les primes perçues pour ce type de risque s'élevaient à deux milliards d'euros, selon le groupe.

La Fédération française de l'assurance a fait un premier pas jeudi en annonçant l'engagement des assureurs à "conserver en garantie les contrats des entreprises en difficulté en cas de retard de paiement suite à la pandémie" durant tout le confinement.

Une décision qui se traduira par "des trous dans les trésoreries de quelques milliards au total, parce qu'on va rééchelonner au long cours", explique à l'AFP un professionnel du secteur souhaitant conserver son anonymat.

"C'est du coup très difficile de demander aux assureurs qui se prennent déjà un choc sur les marchés et vont assumer le report des primes, de refinancer les pertes d'exploitations. D'autant qu'ils subiront aussi la récession", poursuit-il.

"On demande d'indemniser tout le monde sans avoir de souscription, c'est comme si on demandait aux grands distributeurs d'offrir les aliments aux gens", compare-t-il.

Le patron de l'assureur Groupama avait déjà prévenu vendredi dernier. "On sera bien entendu attentif (pour) accompagner nos clients", mais couvrir "sans réserve toutes les conséquences de décisions administratives, c'est évidemment une voie dans laquelle on ne peut pas s'engager", anticipait-il, promettant un "juste équilibre".

afp/al

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