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Bernard Tapie, super-vendeur mais entrepreneur au bilan modeste

03/10/2021 | 11:06
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PARIS (awp/afp) - A coup de bagout et d'aplomb, Bernard Tapie avait construit dans les années 1980 un petit empire industriel en rachetant à prix cassés des entreprises en difficulté, mais rares sont les sociétés qu'il réussit à faire prospérer.

L'entrepreneur, décédé dimanche, avait notamment bénéficié de financements d'une filiale du Crédit Lyonnais, la SDBO. En 1994, le Crédit Lyonnais se saisit de son groupe à l'endettement vertigineux, sonnant le glas du Tapie entrepreneur et toujours empêtré dans les affaires judiciaires.

Manufrance, coup de pub sans lendemain

En 1980, Bernard Tapie obtient l'exploitation de la marque Manufrance, icône de la vente par correspondance française qui est en train de péricliter. L'opération montée dans des conditions rocambolesques assoit la notoriété médiatique de l'homme d'affaires. Tapie tente de proposer un plan de restructuration qui est refusé par les élus locaux et les syndicats. Il se désintéresse vite de l'entreprise, liquidée en 1986.

La Vie Claire, échec dans la bio

Bernard Tapie achète la chaine de magasins bio en 1980, alors qu'elle compte environ 250 boutiques. La Vie Claire connait son heure de gloire médiatique en 1985 et 1986, lorsque Bernard Hinault puis Greg LeMond remportent le Tour de France cycliste sous ses couleurs, mais les boutiques ferment les unes après les autres.

La chaine passera ensuite sous le contrôle du Crédit Lyonnais en 1994, puis sera reprise pour 10 millions de francs suisses en 1996 par le groupe Distriborg de Régis Pelen, alors qu'elle ne compte plus que 126 boutiques. "J'ai cru acheter un grand malade, j'ai acheté un mourant", lâche le repreneur, toujours président d'une chaîne aujourd'hui prospère, avec 300 magasins.

Terraillon, Testut, échec et abus

Bernard Tapie achète le fabricant de balances Terraillon pour 1 franc symbolique en 1981. Deux ans plus tard, l'entreprise accuse 18,6 millions de francs suisses de pertes et emploie cinq fois moins de personnel. Lorsque Bernard Tapie dépose le bilan de son groupe en 1994, le Crédit Lyonnais reprendra l'affaire, avant de la revendre à un fonds d'investissement qui la recapitalisera et la redressera. L'entreprise existe toujours.

Testut, autre entreprise de pesage, rachetée par Bernard Tapie en 1984, sera mise en liquidation en 2004, après avoir transité elle aussi par le Crédit Lyonnais. En 1996, Bernard Tapie est condamné pour abus de bien sociaux pour sa gestion de Testut.

Look, la vraie réussite

Look, rachetée en 1983 par Bernard Tapie pour 1 franc symbolique, est la vraie réussite entrepreneuriale de Bernard Tapie.

Sous sa houlette, le fabricant de fixations de ski et d'accessoires de vélo prospère en lançant la pédale de sécurité, avec laquelle Bernard Hinault gagne le Tour de France.

Bernard Tapie revend l'entreprise en 1989, pour 260 millions de francs suisses. Après sa cession par Tapie, l'entreprise se focalise sur le vélo, connaît des vicissitudes, mais trouve en 1998 un repreneur solide, Dominique Bergin, qui saluera l'héritage de Tapie. Look (200 salariés) appartient aujourd'hui au fonds Activa Capital.

Wonder, le coup financier

S'agissant du fabricant de piles Wonder, le bilan est plus contrasté. Après avoir acheté Wonder 30 millions de francs suisses (4,5 millions d'euros) en 1984, Tapie revend l'entreprise quatre ans plus tard 1988 pour 470 millions de francs suisses.

Mais entretemps, il a sabré dans les effectifs, fermé 4 usines et s'est surtout associé avec Francis Bouygues pour fusionner l'entreprise avec son concurrent SAFT-Mazda, en bonne santé de son côté.

Adidas, le rêve fracassé

Bernard Tapie a échoué à redresser l'entreprise qu'il avait appelée "l'affaire de sa vie". Il achète Adidas en 1990 pour 1,6 milliard de francs suisses (362 millions d'euros). Il ne parvient pas à éviter le creusement des pertes, et revend le groupe 2,1 milliards de francs suisses (441 millions d'euros) à un groupe d'investisseurs qui dissimule son banquier, le Crédit Lyonnais. Bernard Tapie accusera ensuite le Crédit Lyonnais de l'avoir floué, la banque ayant revendu un peu plus tard le groupe beaucoup plus cher à Robert-Louis Dreyfus.

Un arbitrage attribuera 285 millions d'euros d'indemnités à Tapie en 2008 (403 millions d'euros avec les intérêts). Depuis, il a été annulé pour "fraude" et Bernard Tapie a été condamné à restituer cet argent par la cour d'appel de Paris, en 2015.

En juillet 2019, le tribunal correctionnel de Paris a relaxé Bernard Tapie ainsi que le PDG d'Orange Stéphane Richard et quatre autres prévenus, estimant qu'"aucun élément du dossier" ne permettait d'affirmer que cet arbitrage ait fait l'objet de "manoeuvres frauduleuses" ou d'une quelconque "fraude". Un nouveau procès en appel a eu lieu en juin 2021 et la décision est attendue mercredi.

La Provence, la dernière aventure

En janvier 2014, le quotidien marseillais La Provence devient la propriété exclusive de Bernard Tapie, qui était entré à son capital en 2012, via sa holding GBT (Groupe Bernard Tapie). Depuis la fin 2015, GBT n'en possède cependant plus que 89%, 11% des parts ayant été vendues au groupe belge Nethys. Sous son giron, le quotidien marseillais ne peut échapper à la baisse de sa diffusion papier, avec quelque 85.000 exemplaires payés en moyenne par jour en 2021. Mais le groupe garde son équilibre financier et se développe vers le numérique (14.000 abonnés désormais) et l'événementiel.

Bernard Tapie détenait par ailleurs 51% de Corse-Matin.

lby/cda/pn/ak/cb/bpi


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