Londres (awp/afp) - La récompense accordée pour faire fonctionner la cryptomonnaie bitcoin sera bientôt divisée en deux, et pour les acteurs du secteur, qui verront une partie de leurs revenus amputés, cet évènement programmé est un test de survie.

Aux alentours de la mi-avril, comme tous les quatre ans environ, un phénomène technique appelé "halving" réduira de moitié la récompense accordée aux mineurs de bitcoins, ceux qui mettent à disposition leur puissance de calcul afin de contribuer au bon fonctionnement de la monnaie numérique.

Le halving, qui contribue à l'objectif de limiter la quantité de bitcoins en circulation, "a tendance à ébranler les opérations de minage les plus faibles", pour qui "il ne devient plus rentable de miner du bitcoin", expose à l'AFP Simon Peters, analyste chez eToro: "l'opération s'arrête alors ou est rachetée par un rival plus important."

Les mineurs de bitcoins - qu'il s'agisse de sociétés spécialisées qui opèrent d'immenses centres réunissant des milliers d'ordinateurs, ou de particuliers qui peuvent travailler au sein de "pool" coopératifs - s'affrontent pour résoudre une énigme informatique définie par le réseau.

La machine qui la résout en premier obtient le droit de valider un "bloc" de données, contenant les dernières transactions effectuées, et reçoit des bitcoins en récompense.

"Cercle vicieux"

Fixée les quatre dernières années à 6,25 bitcoins par bloc créé, celle-ci doit bientôt descendre à 3,125 bitcoins (plus de 230'000 dollars si l'on prend comme référence le pic du bitcoin en mars).

Depuis le dernier halving le 11 mai 2020, le prix du jeton numérique a en effet été catapulté à des sommets, touchant un record de 73'797 dollars en mars, palliant en partie le futur manque à gagner des mineurs.

Mais des marges plus réduites pourraient empêcher certains d'investir dans les machines les plus récentes, ou les contraindre à en mettre en pause certaines car le coût nécessaire pour les faire tourner dépasse les gains estimés.

C'est un "cercle vicieux", note Simon Peters: "leur chance de miner un bloc décroît en raison de la diminution des ressources de calcul", amoindrissant en retour leurs revenus.

La société de minage Hut 8 Corp a déjà annoncé en mars la fermeture de son site canadien de Drumheller.

S'il admet que "cette décision a légèrement réduit" la production de bitcoins, "elle nous a permis de réduire nos coûts énergétiques", invoque son PDG, Asher Genoot, qui explique à l'AFP avoir relocalisé les machines efficaces ailleurs.

Course à la performance

Afin de rester compétitifs, les géants du secteur s'attellent à resserrer leurs coûts, investir dans des machines plus performantes, et trouver des sources d'énergies bon marché et plus écologiques pour refroidir et alimenter leur armée d'ordinateurs.

En prévisions du halving, "nous avons augmenté l'efficacité de notre flotte", en achetant 160'000 machines "Bitmain S21" dernier cri, destinées à remplacer celles d'ancienne génération, explique à l'AFP Taylor Monnig, en charge des opérations de minage chez CleanSpark.

Son concurrent canadien Bitfarms affirme quant à lui s'appuyer à 80% sur l'énergie hydroélectrique, "non seulement verte mais aussi économiquement viable", plaide son responsable du minage, Ben Gagnon.

D'autres entreprises achètent aussi du capital de concurrents, voire fusionnent comme les deux titans Hut 8 et Bitcoin Corp en fin d'année dernière.

La nouvelle entité fondée, Hut 8 Corp, a diversifié ses sources de revenus pour couvrir ses coûts fixes qui ne baisseront pas après le halving, et propose par exemple des services d'hébergement ou de gestion d'opération de minage pour le compte de tiers.

Marathon Digital, un des poids lourds du secteur, a de son côté accumulé en prévision un trésor de guerre, l'équivalent d'environ 1,5 milliard de dollars, et annoncé l'acquisition cette année de trois nouveaux centres aux Etats-Unis afin d'accroître sa capacité.

Questionné par l'AFP, Adam Swick, l'un des responsables de l'entreprise, confirme que les fonds pourraient notamment servir à de futures acquisitions: "s'il y a un site en difficulté", "cela pourrait être une opportunité pour Marathon de (le) racheter" pour le moderniser.

Cette bataille du plus fort pourrait être fatale aux plus petites opérations, créant un vide sur le réseau susceptible de bénéficier à ceux qui resteront.

afp/ck