Nous en sommes désormais à 6 semaines consécutives de hausse pour les indices américains. Depuis les points bas, fin mars, c'est un rallye de plus de 15% pour le S&P500 et de plus de 25% pour le Nasdaq. Un marché dans lequel les investisseurs sont toujours mono-thématiques : on achète l'IA, l'IA et encore l'IA. C'est ce qui explique que l'écart se creuse à nouveau entre les actions américaines et les actions européennes. Vendredi, l'Euro Stoxx 50 a perdu 1%, le Dow Jones a terminé à zéro et le Nasdaq 100 a gagné 2,35%. C'est une excellente illustration de l'investissement à l'ère de l'IA.
Les prolongements de la guerre au Moyen-Orient montrent une fois de plus la capacité du marché à passer à autre chose. On peut faire le parallèle avec les droits de douane, l'an dernier. La chute des marchés a été très vite effacée et les indices ont continué leur chemin haussier, alors même que les droits de douane sont restés. Alors, certes Donald Trump a un peu allégé la facture mais l'année 2025 s'est tout de même achevée avec des barrières commerciales américaines au plus haut depuis un siècle. En 2026, le blocage du détroit d'Ormuz perdure mais les indices américains ont tout de même repris leur marche en avant. Si je vous avais donné le scénario de l'année le 1er janvier, vous n'auriez pas parié sur un S&P 500 à +8% et un Nasdaq à +16%. De la même façon, vous n'auriez sans doute pas misé sur un baril de pétrole à plus de 100 USD. Ce qui compte, c'est le sens du voyage.
Pendant le weekend, l'Iran a fait une contre-proposition aux Etats-Unis pour le plan de paix au Moyen-Orient. Il y a quelques heures, Donald Trump l'a jugée inacceptable. Le baril de Brent est repassé de 101 à 105 USD. Le feuilleton continue, mais les épisodes se ressemblent tous un peu. Le pétrole cher s'infiltre dans tous les rouages de l'économie. Plus c'est long, moins c'est bon. Mais en attendant, Wall Street résiste de mieux en mieux aux soubresauts géopolitiques. C'est surtout parce que l'économie américaine semble à peine affectée. Les Etats-Unis ont annoncé vendredi des créations d'emplois largement supérieures aux attentes pour le mois d'avril. C'est la première fois depuis un an que l'économie américaine crée des emplois sur deux mois consécutifs. Au-delà de ce rapport, toutes les statistiques publiées ces dernières semaines vont dans le même sens : l'économie américaine se porte bien, le marché de l'emploi reste solide et les résultats des entreprises font des étincelles, surtout celles qui profitent des retombées des investissements colossaux dans l'IA.
Je vous ai déjà rebattu les oreilles avec la hausse à peine croyable des résultats des entreprises américaines au 1er trimestre. Le pourcentage s'est encore accru avec la série de publications de la semaine dernière. En moyenne, la croissance des bénéfices par action des sociétés du S&P 500 atteint 27,7% sur un an, selon les données FactSet. C'est stupéfiant. Tous les secteurs, à part la Santé (pressurisée par la politique de la Maison Blanche), affichent des performances robustes. Mais la couche spectaculaire est presque totalement fournie par la Technologie qui affiche des bénéfices par action en hausse de 50,7%. Si on retire Nvidia et Micron, cette ascension se réduit, si je peux m'exprimer ainsi, à 28,5%. Les semiconducteurs, dopés à l'IA, ont vu leurs bénéfices trimestriels croître de 99% sur un an. Outre cette manne, la saison a été rendue exceptionnelle par des… exceptionnels. Les hyperscalers ont enregistré des plus-values latentes énormes sur leurs investissements dans les boîtes d'IA comme OpenAI et Anthropic. Cela représente même le tiers de leurs bénéfices du 1er trimestre, soit 53 MdsUSD, comme le soulignait l'article d'Alphaville que nous avons cité la semaine dernière (Fortune en avait aussi fait état précédemment). Pouvoir faire des plus-values énormes sur des entreprises dont vous êtes à la fois bailleur de fonds, client et fournisseur, ça porte deux noms. Du génie quand tout va bien. Du Ponzi si quelque chose part en sucette.
Dans ce contexte, la Fed peut se reposer sur ses lauriers concernant l'emploi et se concentrer sur l'autre partie de son mandat, c’est-à-dire gérer l'inflation. Ça tombe bien puisque l'inflation sera le premier temps fort de la semaine, avec la publication de l'indice des prix à la consommation (CPI) mardi et de l'indice des prix à la production (PPI) mercredi aux Etats-Unis. C'est la Chine qui a ouvert le bal en la matière cette nuit, et le moins que l'on puisse dire, c'est que les choses sont en train de changer là-bas à cause des prix de l'énergie. L'inflation annuelle a accéléré à 1,2%, alors que les pronostics étaient de 0,8%, tandis que les prix à la production bondissent de 2,8% sur un an, face à une attente de 1,5%.
Il sera aussi question de Chine et d'Etats-Unis cette semaine, mais ensemble cette fois, avec le déplacement de Donald Trump à Pékin, jeudi et vendredi. Il faut remonter à 2017 pour trouver la trace de la dernière visite d'un président américain dans le pays. C'était déjà un certain Donald Trump. Les deux dirigeants devraient parler de droits de douane, de guerre en Iran, ou encore de Taïwan. Ce sommet ne devrait a priori pas déboucher sur des avancées majeures, mais le simple fait que les deux premières puissances mondiales se parlent est déjà une bonne nouvelle. Et s'il y avait un gros contrat à la clé (disons des Boeing au hasard), cela permettrait à Donald Trump de rentrer avec un trophée.
Parmi les autres informations à ne pas rater pour démarrer la semaine :
- Vladimir Poutine a estimé que le conflit en Ukraine touche à sa fin, alors qu'il se murmure que l'UE pourrait rouvrir des négociations avec la Russie.
- Le Royaume-Uni et la France organisent une réunion multinationale sur la mission d'escorte des navires dans le détroit d'Ormuz.
- Benjamin Netanyahou a estimé que la guerre en Iran ne sera pas terminée tant qu'il restera des capacités nucléaires à Téhéran.
- En Inde, le Premier ministre Modi a exhorté ses compatriotes à réduire leur consommation de carburant pour éviter les pénuries.
- Au Royaume-Uni, le Premier ministre britannique Keir Starmer, sur la sellette, doit prononcer un important discours ce lundi.
- Une commission du Sénat américain doit examiner le projet de loi tant attendu sur les cryptomonnaies.
- Sur l'agenda des sociétés, quelques grands noms sont encore attendus, même si plus des quatre-cinquièmes des grandes entreprises occidentales ont déjà publié leurs résultats du premier trimestre. Siemens Energy, Cisco, Allianz, ou Applied Materials sont attendues. Plusieurs entreprises asiatiques se joindront à la partie : Tencent, Alibaba, Mitsubishi Heavy, Softbank et Kioxia
En Asie-Pacifique, le marché chinois brille. L'indice continental Shanghai Composite signe un pic de 11 ans. La Corée du Sud garde un train d'enfer grâce à ses valeurs liées à l'IA comme Samsung et SK Hynix, en gagnant 5%, une fois de plus. Ailleurs, c'est beaucoup plus mitigé : le Japon perd -0,2%, l'Australie -0,6% et l'Inde -1,5%.
Le CAC 40 lâche 0,5% à 8 070 points à l'ouverture (à cause des coupons détachés par Schneider, AXA et Veolia). Le SMI est stable à 13 100 points et le Bel 20 gagne 0,1% à 5 468 points.
Les temps forts économiques du jour
L'agenda macro :
- 03h30 : Taux d'inflation (Chine)
- 03h30 : Prix à la production (Chine)
- 16h00 : Ventes de logements existants (Etats-Unis)
- Le reste de l'agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1757
- Once d'or : 4 689 USD
- Once d'argent : 80,94 USD
- Brent : 105,48 USD
- Spread Bund / OAT : 62 points (-0,05%)
- VIX : 17,19 (stable)
- 10 ans US : 4,39%
- Bitcoin : 80 664 USD
Les principaux changements de recommandations
- Accor : Citi maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 58 EUR à 60 EUR.
- Amadeus It Group : Jefferies maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 60 à 65 EUR.
- AMS-Osram : Jefferies passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 8,30 CHF à 21 CHF.
- Amundi : Morgan Stanley reste à pondération de marché et relève l'objectif de cours de 83 à 86,20 EUR.
- Argenx : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 830 à 850 EUR.
- BNP Paribas : Morgan Stanley reste à pondération de marché et relève l'objectif de cours de 104 à 105 EUR.
- BP PLC : RBC Capital passe de performance de marché à surperformance avec un objectif de cours de 700 GBX.
- D'Amico International Shipping : Pareto Securities passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 9,10 à 9,20 EUR.
- EDP Renováveis : HSBC passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 13,90 à 15,90 EUR.
- Elia Group : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre avec un objectif de cours relevé de 145 à 150 EUR.
- Equinor : Grupo Santander passe de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 410 NOK à 415 NOK.
- Eurofins : Bank of America passe de neutre à sousperformance.
- GSK : Baptista Research passe de sousperformance à conserver avec un objectif de cours relevé de 54,70 USD à 55,40 USD.
- GTT : Morgan Stanley reste à souspondérer avec un objectif de cours relevé de 150 à 177 EUR.
- Intesa Sanpaolo : Morgan Stanley passe de surpondérer à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 6,80 EUR à 6,60 EUR.
- Legrand : BNP Paribas maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 165 à 175 EUR.
- Maire : BNP Paribas passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours relevé de 14 à 16 EUR.
- Rheinmetall : MP Capital Markets passe à acheter de conserver et réduit l'objectif de cours de 1700 EUR à 1550 EUR.
- Safran : Berenberg maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 360 EUR à 355 EUR.
- Sagax : SEB Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 207 SEK à 193 SEK.
- Technip Energies : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 32,60 à 36,50 EUR.
- Vallourec : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 20 à 24 EUR.
- Ypsomed Holding : Citi démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 360 CHF.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Armani envisage de partager une participation de 15% entre L'Oréal, LVMH et EssilorLuxottica, selon La Repubblica.
- Colas (Bouygues) va poursuivre le projet de tramway de Vantaa en Finlande.
- On surveille Sodexo après le petit relèvement des objectifs du concurrent Compass.
- Alexandre Saubot a acquis 1,6% du capital de sa société familiale, Haulotte, entre le 16 janvier et le 4 mai 2026, dont près de 1% au cours des sept derniers jours.
- Manitou inaugure sa filiale indonésienne.
- Capital B lève 15,2 MEUR par ABSA.
- Theraclion a émis 6 MEUR d'ABSA.
- Les principales publications du jour : Cellectis, Lacroix, ABL Diagnostics… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- Compass relève ses prévisions de bénéfice pour 2026.
- Prosus vend 5% de Delivery Hero à Aspex Management pour 335 millions d'euros.
- Stabilus table sur un chiffre d'affaires annuel compris entre 1 100 et 1 300 millions d'euros.
- Tenaris va acquérir l'usine de fabrication de tubes sans soudure Artrom Steel Tubes en Roumanie.
- Argenx annonce l'approbation de la FDA de l'extension d'utilisation de Vyvgart et Vyvgart Hytrulo à l'ensemble des patients adultes atteints de MGg.
- Swatch lance une montre en collaboration avec son concurrent Audemars Piguet.
- ABB va investir 200 millions de dollars dans la production d'équipements moyenne tension en Europe.
- ThyssenKrupp Nucera anticipe un chiffre d'affaires nettement plus faible que prévu sur T2 fiscal.
- Les principales publications du jour : Compass, Hochtief, Hannover Re, GEA Group…
D'Amérique du Nord
- Apollo et Blackstone envisagent un financement de 35 milliards de dollars pour Broadcom, selon Bloomberg News.
- Apple et Intel concluent un accord préliminaire sur la fabrication de puces. Par ailleurs, Apple prévoit des ajustements de design sur macOS 27 pour corriger les instabilités de Tahoe, selon Bloomberg.
- Lumentum va rejoindre le Nasdaq 100 le 18 mai à la place de Costar.
- Anthropic conclut un accord de 1,8 MdUSD avec Akamai pour de la puissance de calcul.
- Michael Burry se positionne sur MercadoLibre après son repli.
- Les principales publications du jour : Constellation Energy, Barrick Mining, Simon Property, Circle Internet, Fox Corporation…
D'Asie et d'ailleurs
- Nintendo chute lourdement après la révision en baisse de ses objectifs.
- Le bénéfice trimestriel d'Aramco bondit de 25,5%.
- La perte d'exploitation annuelle de Honda Motor devrait s'inscrire dans la fourchette des prévisions.
- CSL réduit ses prévisions de résultats pour 2026 et chute de 11%.
- Reliance Industries renoncerait à l'IPO de Jio Platforms, selon l'Economic Times.
- Les principales publications du jour : Petrobras, ADNOC, Softbank…
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Ces marins qui permettent les pétroliers "fantômes" (Financial Times).
- L'IA crée un redoutable dilemme digne de la guerre froide (The Economist).
- L'œil dans ta poche (Aeon).
- Une vague d'enthousiasme en ligne fait bondir de 6 000 % le cours d'une obscure rivale de SpaceX (Bloomberg).
- Les compagnies aériennes baissent leurs prix pour attirer les vacanciers inquiets de la hausse du prix du kérosène (Financial Times).
- xAI vient-elle de jeter l'éponge dans la course à l'IA ? (Platformer).
- 90% des ovnis aperçus dans le monde se trouvent aux Etats-Unis (Le Grand Continent).
- Comment choisir un cadeau pour Trump (Foreign Policy).
- Les amis de Kevin Warsh voient des menaces partout autour de lui (Politico).
- La Mathématique de l'IA sur les marges des entreprises devient (encore) plus obscure (The Information).
- Comment les mèmes sur Chuck Norris ont réinventé la célébrité (The Conversation).
- La base secrète d'Israel en Irak (Wall Street Journal).
- Le populisme lié à l'IA est là. Et personne n'est prêt. (New York Times).
- L'homme qui tente de pérenniser les tarifs douaniers de Trump (Politico).
- Pourquoi les jeunes et les hommes âgés quittent-ils le marché du travail à un rythme record ? (Washington Post).


















